Pourquoi ce projet ? La philosophie, la démarche.

Introduction

Commençons par quelques questions à poser autour de vous, de préférence à des gens extérieurs au milieu académique :

  • Qu’est-ce qu’on fait dans une université ?
  • Dans la recherche en France, sur quoi travaille-t-on ?
  • Pouvez-vous citer une avancée/découverte réalisée par une université française ces 5 dernières années ? Celle où vous avez étudié (si applicable) ?
    (Et si vous tenez à poser la question à un académique: Quid hors de votre domaine de recherche ?)

Si les réponses  que vous obtenez à ces questions sont un mélange de « J’sais pas », « Rien », et de blagues, au-delà du classique « Enseigner », c’est malheureusement la norme. Les plus chanceux d’entre vous pourront avoir comme réponse : développer des traitements contre le cancer, les maladies génétiques, les maladies cardiovasculaires ? Voire, soyons-fou, travailler sur la conception d’un réacteur à fusion ou sur le fameux boson de Higgs ! Difficile d’avoir en fait une réponse plus précise, malheureusement, et rien sur tous ces innombrables domaines de recherche non plus. Il faut se rendre à l’évidence : la recherche académique n’est tout simplement pas visible en France, à l’exception de quelques secteurs très spécifiques.

La Question

 « Comment améliorer, significativement, la communication entre le monde académique français et la société
(y compris, donc, investisseurs et hommes politiques) ? »

De fait, les hommes politiques ne savent pas comment évaluer la recherche : les classements de Shanghai s’appliquent mal à nos universités très morcelées – il faudrait une université par région pour une comparaison pertinente, les H-index sont à prendre avec beaucoup de précautions, et c’est à peu près tout pour mesurer ce qu’il s’y passe. Ils ne savent pas davantage comprendre ce qu’il s’y fait : il faut être expert !  Enfin, en se tournant vers les entreprises, qui, dialoguant en majorité avec les écoles d’ingénieurs, ont naturellement une image biaisée du monde académique – théoriciens inutiles et éthérés – ils ne sont guère plus avancés (Diable, si ces universitaires ne génèrent pas d’entreprises, de « start-ups » alors que font-ils ? Certes, ils enseignent). Face à ces informations (ou plutôt cette absence d’information…), même quelqu’un ayant la plus grande ferveur pour la recherche serait réticent à investir !

Objectifs

Par significativement, il faut comprendre :

  • Augmenter l’audience accordée à la recherche de deux, trois, quatre ordres de grandeur,
  • Faire qu’à terme, dans chaque foyer, une personne au moins puisse donner une réponse pertinente à ces trois questions posées en introduction,
  • Faire que l’association entre université et innovation (scientifique et technologique bien sûr, mais aussi artistique, littéraire, médicale !) soit automatique dans l’esprit des gens,
  • Faire que chacun comprenne la pertinence majeure de l’investissement dans la recherche pour l’avenir à court, moyen et long terme à travers des exemples concrets,
  • Faire que cesse la confusion entre recherche et développement, ainsi que le dénigrement des universitaires.

Pertinence

Un point important, connu dans le monde académique, bien moins au-delà (on s’arrête souvent au problème de la « fuite des cerveaux », qui n’est malheureusement que la surface de l’iceberg) :

La recherche en France va mal.

Plutôt que de m’étaler sur le sujet, voici trois liens donnant un aperçu du problème :

Si dans le monde académique, l’importance de la recherche, pour la société, pour l’économie, pour l’avenir du pays et des entreprises, est évidente, cette évidence ne suffit visiblement pas à convaincre les hommes politiques et investisseurs potentiels. En tout état de cause, nous ne pouvons convaincre les politiques, les investisseurs, les entreprises de se tourner en premier lieu vers le monde académique (le réflexe de celles-ci étant d’abord de se tourner vers les écoles d’ingénieurs lorsqu’elles ont besoin d’innovation (sic)…), à l’instar des pays étrangers, sans faire que les réponses demandées au hasard dans la rue ne changent significativement.
Répondre à la question que nous posons ici représente donc non seulement un enjeu de société et d’éducation des individus, mais, au-delà, un outil pour potentiellement améliorer significativement la visibilité et les conditions de la recherche académique française.

Quelques réponses existantes

Notons que la situation est connue du gouvernement, voir ce document :
http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/France-Europe_2020/21/7/AgendaStategique_252217.pdf, page 62
Il appartient donc à nous de proposer des solutions.

Par ailleurs, les universités françaises ne sont pourtant pas en reste : il suffit d’aller sur le site de la conférence des présidents d’université  pour s’en convaincre. Citons aussi des initiatives de chercheurs remarquables s’investissant dans la communication scientifique auprès du public (Cédric Villani, Jean-François Kahn, Étienne Ghys, Joël de Rosnay, etc.). D’autre part, les initiatives telles que les concours « Ma thèse en 180 secondes », ou « Treize minutes », ainsi que l’émergence des web-TV universitaires (qui gagneraient à être réunies en une seule entité), vont également dans le bon sens.

Cependant, il y a au moins deux obstacles :
1) Il n’est pas possible, à l’heure actuelle, de faire porter la charge de communication aux seuls chercheurs et enseignants-chercheurs. Une telle stratégie ne ferait, de fait, que précariser encore davantage la condition des chercheurs, au lieu de l’améliorer. Cette charge s’ajouterait à leur travail de recherche, d’enseignement, de demande de financements et de rapports incessants d’évaluations (Un chercheur, c’est plutôt 60-70 heures/semaines que 35, avec les effets qu’on connaît sur la vie de famille).
2) Toute cette activité reste malheureusement très peu visible au-delà du cercle académique (on prêche, pour ainsi dire, des convertis). Il manque une puissance médiatique.
Par exemple :

  • à l’Université de Liège, les finalistes du concours « Ma thèse en 3 minutes » passent, eux, sur la Troisième, chaîne nationale Belge, et à 20h30 qui plus est. Quid en France ?
  • La France a deux finalistes dans le concours international de présentation de thèse, qui se tient au Canada : combien d’entre vous en ont entendu parler en France ?
  • En Israël, on trouve de temps en temps dans les journaux nationaux, une liste des innovations universitaires réalisées ces cinq dernières années.

On pourrait poursuivre la liste avec d’autres exemples pris à nos (plus ou moins proches) voisins. La conclusion est la suivante: il nous faut un outil de communication massive pour la recherche.

Proposition détaillée

La proposition est la suivante :  Dans chaque université, créer un module de « communication de la recherche », validé par des crédits ECTS. Dans ce module optionnel, et présenté par exemple en troisième année de licence (L3), les étudiants s’organiseront, toutes filières confondues, en petits groupes de 3-4 étudiants. Le but, sur un semestre :

  • rendre visite aux équipes de recherche associées à l’université,
  • sélectionner un thème, une équipe, une découverte,
  • construire un projet de communication à destination des autres étudiants, ainsi qu’à destination du grand public, ou des entreprises (CCI, etc.), validé par les chercheurs,
  • le mettre en œuvre effectivement, à travers journaux, radio, télévision, encarts publicitaires, internet, etc.,
  • évaluer l’audience reçue par le projet.

Faire construire un projet par les étudiants, plutôt que par les chercheurs, permet :

  • aux chercheurs d’interagir davantage avec les étudiants, sans pour autant perdre un temps précieux, tout en communiquant effectivement leur recherche aux étudiants, et à la société,
  • d’intéresser les étudiants et de leur fournir un premier contact pertinent et utile avec la recherche,
  • aux étudiants de devenir acteurs de leur université, ce qui ne peut qu’améliorer leur motivation et leur investissement, tout en leur donnant une vision claire et concrète des débouchés,
  • de toucher et d’informer potentiellement chaque foyer français, du fait de la proportion importante des étudiants dans les familles en France, y compris donc les personnes qui ne sont pas a priori intéressées par le monde académique.

Faire cela en L3 a plusieurs intérêts : c’est une année de transition charnière du cursus universitaire. Les étudiants sont suffisamment avancés dans le cursus pour pouvoir dialoguer avec les chercheurs, mais sans être pour autant déconnectés du public. De plus, en faisant le tour des laboratoires de recherche, ils peuvent se construire une vision plus exacte de ce qu’est la recherche, ce qui est important pour leur orientation future en master. Enfin, qu’ils décident ou non de poursuivre dans le monde académique, ce module de communication leur sera profitable, dans la recherche comme dans les entreprises.

Pour mettre en place un module, il faudra un ou quelques encadrants pour guider la construction des projets de communication en cours d’année. Plusieurs solutions, selon les spécificités locales à chaque université, sont envisageables :

  • En tout état de cause, il ne faut pas limiter les intervenants aux professeurs et personnels de l’université (pour limiter une charge supplémentaire, contre-productive, des enseignants).
  • Une collaboration avec des journalistes spécialisés, écoles de journalistes, ou acteurs de monde médiatique doit être considérée.
  • On pourra envisager, selon les possibilités locales, de former un jury mixte chercheurs-public-étudiants-journalistes pour juger de la qualité des projets.

Tout cela a un coût, bien sûr, qui peut cependant être modéré : ainsi certains enseignants volontaires peuvent envisager d’intégrer d’ores et déjà de tels projets directement dans leurs cours, les contacts avec le monde médiatique peuvent être facilités en amont, les étudiants peuvent être en grande partie autonomes, on pourra envisager dans certains cas des solutions de financement collaboratif (qui sont aussi de bons outils médiatiques), etc. Libre à chacun de voir ce qui convient le mieux à son université. (Faites-nous part de vos retours d’expériences en commentaire !)

[Vos propositions, à indiquer en commentaire, sont les bienvenues à ce propos.]

Discussion

Entre la conception et la mise en place effective de ce projet, quelques étapes sont à prévoir :

  1. Tout d’abord, diffuser cette proposition au plus grand nombre d’académiques, en collectant au passages vos encouragements (voir ci-dessous), suggestions et objections.
  2. Lorsqu’un nombre suffisamment important d’encouragements sera collecté, alors nous porterons ce projet devant une commission universitaire, afin de lancer un projet pilote ciblé sur une université. Bien sûr si le projet vous plaît, et que vous voyez un moyen de le faire germer dans votre établissement, nul besoin d’attendre davantage : allez-y !
  3. Une fois le (ou les) projet pilote amorcé puis évalué sur une année, l’étape suivante est de porter le projet au niveau national, de sorte à l’institutionnaliser dans toutes les universités de France.

Remarquez que, compte tenu du très grand nombre d’universités et d’étudiants en France, c’est un outil médiatique d’un potentiel sans précédent que l’on apporte à la recherche.

Vos encouragements

C’est, aujourd’hui, la partie la plus importante du projet. Si l’idée vous plaît et que vous êtes universitaires, alors :

1) Envoyez un message d’encouragement/soutien en indiquant au moins votre Nom, Titre universitaire, et Discipline, soit par e-mail, soit en laissant un commentaire ci-dessous. Une fois atteint les 1000 soutiens, nous irons voir une université pour lancer un projet pilote.

2) Diffusez cette page dans vos équipes, à vos collègues dans d’autres universités, ou travaillant dans un domaine un peu différent du vôtre: le but est de diffuser ceci dans tous les secteurs de la recherche (sciences naturelles, humaines, humanités, art, etc.) et dans toutes les universités, de sorte que tous les secteurs soient informés.  Vous pouvez bien sûr faire remonter cette information à la présidence de votre université/école/laboratoire de recherche si vous le souhaitez.

Si vous n’êtes pas universitaire, vos encouragements sont aussi les bienvenus !

Merci, et bonne journée à tous !

Odalric-Ambrym Maillard

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4 réflexions sur “Pourquoi ce projet ? La philosophie, la démarche.

  1. Aurélie Lhermitte dit :

    Avec une mention pour la communication inter-chercheurs ! A titre d’exemples : littérature/informatique pour le livre numérique, arts visuels/arts numériques,…

    J'aime

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